éducatif

02 juin 2012

proverbes

A
A attendre que l'herbe pousse, le bœuf meurt de faim.
While the grass grows, the steer starves.

A bon chat, bon rat
Two can play that game

Abondance de biens ne nuit pas.
Plenty is no plague = There's no harm in having too much

A chaque jour suffit sa peine
Sufficient unto the day is the evil thereof (GB)

A cheval donné, on ne regarde pas la bouche
Never look a gift horse in the mouth

A colleter un gueux, on devient pouilleux.
Sue a beggar, and catch a louse.

A demande insolente, réponse tranchante
Shameless craving must have a shameful nay.

Advienne que pourra
Come what may

A la pondeuse d'être couveuse.
Every bird must hatch her own eggs.

Aide-toi et le ciel t'aidera
God helps those who help themselves

Aidez moi, je vous aiderai =Si vous me rendez ce service, je vous le revaudrai
You scratch my back, and I'll scratch yours

Ami de tous, ami de personne
Everybody's friend is nobody's friend

Après la pluie le beau temps
There are better days ahead ( US )

A tout seigneur tout honneur
You must give honor when honor is due ( US )

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire
Triumph without peril brings no glory

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois
In the kingdom of the blind, the one-eyed is king
Aux grands maux les grands remèdes.
Desperate diseases require desperate remedies.

Avec des si, on mettrait Paris en bouteille
If wishes were horses, then beggars might (GB) / would (US) ride



B
Bien commencer, amène à bien terminer.
A good beginning, Makes a good ending.

Bien faire et laisser dire
Eat, drink and be merry

Bien mal acquis ne profite jamais.
Ill got, ill spent.



C


Ce n'est à un vieux singe qu'on apprend à faire des grimaces
You can't teach an old dog new tricks = You can't teach Granny to suck eggs

C'est dans le besoin qu'on reconnaît ses vrais amis
A friend in need is a friend indeed

C'est dur de tondre un œuf
It is very hard to shave an egg

C'est en forgeant qu'on devient forgeron
Practice makes perfect

Ce qu'on apprend péniblement, se retient plus longtemps.
Things hardly attained, are long retained

Cervelle inoccupée, le diable y trouve tente dressée
An empty brain is the devil's shop

Chacun ses goûts
To each his own

Charbonnier est maître chez lui
An Englishman's home is his castle.

Charité bien ordonnée commence par soi-même
Charity begins at home

Chat échaudé craint l'eau froide
Once bitten, twice shy

Cœur content embellit le visage
A blithe heart makes a bloomy visage
Comme on fait son lit, on se couche
As you make your bed, so you must lie on (GB) / in (US) it

Conscience coupable n'a pas besoin d'accusateur.
A guilty conscience needs no accuser.

Cuisine mangée, amis dispersés.
When good cheer is lacking, friends will be packing.



D


Deux avis valent mieux qu'un
Two heads are better than one

Dieu frappe de la main gauche, et caresse de la droite.
God strikes with the left hand, and strokes with the right.

Différé n'est pas perdu
All is not lost that is delayed.

Dis moi avec qui tu vas, et je te dirai ce que tu feras.
Tell me will whom thou goest, And I'll tell what thou doest.

Donne si tu veux recevoir.
Give a thing, and take a thing.

Doucement mais sûrement
Slow but sure



E-F


En amour comme à la guerre, tous les coups sont permis.
All is fair in love and war

Faute avouée est à moitié pardonnée.
Confession of a fault, is half amended.



G


Grâce à presque et à quasi, plus d'un mensonge s'esquive.
Almost and hard by, Save many a lie.

Grande invitation, petites portions.
Great boast, small roast.

Grande masse se meut lentement.
Great bodies move slowly.

Grasse panse, maigre cervelle.
A fat belly, A lean brain.




H


Heureux au jeu, malheureux en amour
Lucky at cards, unlucky in love



I


Il est plus facile de tomber que de s'élever
One may sooner fall than rise

Il faut battre le fer quand il est chaud
Strike while the iron is hot = Make hay while the sun shines

Il faut de tout pour faire un monde
It takes all sorts (GB) / kinds (US) to make a world

Il faut que jeunesse se passe
Boys will be boys

Il faut se méfier de l'eau qui dort / Il n'est pire eau que l'eau qui dort
Still waters run deep.

Il ne faut jamais dire jamais
Never say never

Il ne faut pas dire du mal des morts
One should not speak ill of the dead

Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs
Don't put the cart before the horse

Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier
Don't put all your eggs in one basket

Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même
Never put off to tomorrow what can be done today

Il ne faut pas réveiller le chien qui dort
Let sleeping dogs lie

Il ne faut pas se fier aux apparences
You can't judge a book by its cover

Il ne faut pas tuer la poule aux oeufs d'or
Do not kill the goose that lays the golden egg

Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué
Don't count your chickens before they're hatched (GB) = Don't count your chickens before they hatch (US)

Il ne sert à rien de pleurer sur le lait versé
It's no use crying over spilt (GB) / spilled (US) milk
Il n'est jamais trop tard pour bien faire
It's never too late to do the right thing

Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même
Never put off to tomorrow what can be done today

Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre
There are none so deaf as those who will not hear

Il n'y a jamais de fumée sans feu
There's no smoke without fire

Il n'y a pas de rose sans épine
There is no rose without a thorn

Il y a des limites à tout
Even a worm will turn

Il y a loin de la coupe aux lèvres
There's many a slip 'twixt the cup and the lip (GB)



L


La curiosité est un vilain défaut.
Curiosity killed the cat

La faim est le meilleur condiment
Hunger is the best sauce

La fin justifie les moyens
The end justifies the means

La foi soulève les montagnes
Faith can move mountains

La fortune sourit aux audacieux
Fortune favours (GB) / favors (US) the brave

La grande finesse n'est pas celle qui s'aperçoit.
The perfection of art, is to conceal art.

La parole est d'argent, mais le silence est d'or
Speech is silver, but silence is golden

La raison du plus fort est toujours la meilleure
Might is right

La voix du sang parle toujours plus fort.
Blood is thicker than water.

La vengeance est un plat qui se mange froid
Revenge is a dish best savoured (GB) / savored (US) cold
La vérité finit toujours par éclater
The truth will come out

La vérité n'est pas toujours bonne à dire
What be doesn't know won't hurt me ( US )

L'amour est aveugle
Love is blind

L'amour force toutes les serrures
Love laughs at locksmiths

L'argent est le nerf de la guerre
Money is the sinews of war

L'argent fait la loi
Money talks

L'argent mène le monde
Money rules the world

L'argent n'a pas d'odeur
Money has no smell

L'argent ne fait pas le bonheur
Money can't buy hapiness

L'argent ne pousse pas sur les arbres
Money doesn't grow on trees

L'argent va à l'argent
Money goes to money

L'avare, comme le chien de cuisine, tourne la broche pour autrui.
The covetous man, like a dog in a wheel, Roast meat for others.

L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt = heure du matin, heure du gain
The early bird catches the worm

L'erreur est humaine
To err is human = errare humanum est

L'exception confirme la règle
The exception proves the rule

L'habitude rend tout facile.
Assiduity makes all things easy

L'habit ne fait pas le moine
Clothes don't make the man


L'homme affamé n'est pas un homme libre.
A hungry man is an angry man

L'homme fait ce qu'il peut, et Dieu, ce qu'il veut.
Man does what he can, But God what he will.

L'homme propose, Dieu dispose
Man proposes, God disposes

L'honnêteté est toujours récompensée
Honesty is the best policy

L'œil du maître fait mieux que ses deux mains.
The eye of the master does more than both his hands.

Loin des yeux, loin du cœur
Out of sight, out of mind

L'oisiveté est mère de tous les vices
Idleness is the root of all evil (GB) = Idle hands are the devil's workshop (US)

L'union fait la force
United we stand, divided we fall

Le bon marché détrousse le passant.
A good bargain is a pick-purse.

Le bonheur des uns fait le malheurs des autres.
One man's meat is another man's poison

Le feu et l'eau sont bons serviteurs, mais mauvais maîtres.
Fire and water are good servants, But bad masters.

Le mieux se rencontre peu.
Seldom comes a better.

Le monde est petit
It's a small world

Le silence est d'or
Silence is golden

Le sort est jeté
The die is cast = alea jacta est

Le sot fait le festin, et l'habile le mange.
Fools make feast, and wise man eat them

Le temps, c'est de l'argent
Time is money

Le vin a noyé plus de gens que l'eau.
Bacchus has drowned more men, than Neptune.

Le vin entre la raison sort
When the wine is in, the wit is out

Les absents ont toujours torts.
Delay breeds danger.

Les bons comptes font les bons amis
Short reckonings make long friends

Les grands esprits se rencontrent
Great minds think alike

Les jours se mesurent par ce qu'on fait.
The better day, the better deed.

Les hommes bâtissent, les femmes font les foyers
Men make houses but women make homes

Les mauvais ouvriers ont toujours de mauvais outils
The bad workman blames his tools

Les petits profits arrondissent la bourse.
Light gains make a heavy purse.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières
Little brooks make great rivers



M


Mal fermé, mal gardé.
Fast bind, fast find

Marché qu'on n'arrose pas, vous reste souvent sur les bras.
Dry bargains, are seldom successful.

Mauvais poulain peut faire un bon cheval.
A ragged colt may make a good horse.

Même à badigeonner, il y a un savoir faire
There is craft in daubing.

Mieux vaut arriver sur la fin d'un repas, qu'au commencement d'un combat
Better at the latter end of a feast, than the beginning of a fray.

Mieux vaut louer les vertus d'un ennemi, que flatter les vices d'un ami.
Better to commend the virtue of an enemy, than flatter the vice of a friend

Mieux vaut ventre crevé, que bon coup laissé.
Better belly burst, than good drink lost.

Mieux vaut acheter qu'emprunter
Better buy than borrow.

Mieux vaut être borgne qu'aveugle.
Better one eye than quite blind

Mieux vaut prévenir que guérir
An ounce of prevention is worth a pound of cure

Mieux vaut tard que jamais
Better late than never

Mieux vaut mourir ruiné, que de vivre affamé.
Better die a beggar, than live a beggar.

Moins on en dit, mieux ça vaut
The less said (about it), the better



N


N'allonge pas ton bras au delà de ta manche.
Stretch your arm no farther than your sleeve.

N'aie qu'un ami, et point d'ennemi.
Be a friend to one, and an enemy to none.

Ne cherche point par la force, ce que tu peux obtenir de bon gré
Never seek that by foul means, which you may have by fair.

Nécessité fait loi
Necessity knows no law

Ne révélez jamais une faiblesse à un adversaire
Never tell an enemy that your foot aches

Ne te brûle pas les doigts à moucher la chandelle d'autrui.
Burn not thy fingers to snuff another man's candle.

Ne vante pas le gué avant de l'avoir passé.
Never praise a ford, till you get over.

Nul flux sans reflux.
Every flow has its ebb.

Nul qui soit fou toujours, nul qui ne le soit parfois.
No man is a fool always, every one some times.




O


Oeil pour oeil, dent pour dent
An eye for an eye, a tooth for a tooth

On n'arrête pas le temps qui passe.
Time and tie wait for no man ( US )

On n'a que ce qu'on mérite.
First deserve, and then desire.

On ne voit sur les murailles, que le nom de la canaille ( Si tu loges le sot chez toi, il laissera son nom sur les murs )
Nought but a fool I will hint call, that writes his name upon a wall.

On ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs
You can't make an omelette without breaking some eggs

On ne se lie pas au premier mot.
More words than one, go to a bargain.

On n'est jamais si bien servi que par soi-même
If you want something done right, do it yourself

On ne sait jamais
You never can tell

On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre
You can't have your cake and eat it.

On récolte ce que l'on sème.
You get out of it what you put in it

Orgueil et misère, ne s'arrangent guère.
A proud mind and a beggar's purse, agree ill together.

Où il y a des abeilles, il y aura du miel.
Where bees are, there will be honey.

Où se trouve le Cœur, là est la maison.
Home is where the heart is



P


Pas de nouvelles, bonnes nouvelles
No news is good news

Petits enfants dont on raffole, devenus grands, ils vous désolent
Children, when little, make parents fools, when great, mad

Personne n'est parfait
Nobody's perfect
Pierre qui roule n'amasse pas mousse
A rolling stone gathers no moss

Plus on est de fous, plus on rit
The more, the merrier

Plus on est nombreux, plus le travail est léger.
Many bands make light work

Poisson et hôtes après 3 jours, ne sont bon qu'à jeter à la porte.
Fresh fish and new-come guests, smell when they are three days old.

Pour avoir trop convoité, on laisse tout échapper.
All covet, all lose.

Premier arrivé, premier servi
First come, first served



Q


Quand le bassin est plein, il déborde.
When the well is full, it will run.

Quand le chat n'est pas là, les souris dansent
When the cat's away, the mice will play

Quand le renard prêche, gare aux oies.
When the fox preaches, beware of your geese.

Quand on parle du loup, on voit sa queue.
Speak of the devil and he's sure to appear

Quand on est à Rome, il faut faire comme les Romains
When in Rome, do as the Romans do

Qui a peur des feuilles, n'aille pas au bois.
He who's afraid of leaves, must not come into a wood

Qui aime bien châtie bien
Spare the rod and spoil the child

Qui dresse un piège pour autrui, pourra bien y être pris.
He that seeks other to beguile, is often overtaken in his wile.

Qui paie avec l'argent d'autrui, achète force soucis.
He that goes a borrowing, goes a sorrowing.

Qui ne veut de conseil, peut bien se passer d'aide
He that won't be consoled, can't be helped.

Qui trop embrasse, mal étreint.
Grasp all, lose all.

Qui s'absente, se fait oublier
Long absent, soon forgotten

Qui ne dit mot consent
Silence gives consent

Qui n'ose rien n'a rien
Nothing ventured, nothing gained

Qui sème le vent récolte la tempête
Sow the wind and reap the whirlwind

Qui se ressemble s'assemble
Birds of a feather flock together

Qui va lentement va sûrement
Haste makes waste

Qui vivra verra
Time will tell

Qui veut noyer son chien l'accuse d'avoir la rage
Give a dog a bad name and hang him.



R


Rien ne vaut son chez soi.
There's no place like home

Rira bien qui rira le dernier
He who laughs last laughs longest (GB) / best (US)

Rome ne s'est pas faite en un (seul) jour
Rome wasn't built in a day

S
Sauce bonne pour l'oie, est bonne pour le jars.
What is sauce for the goose, Is sauce for the gander.

Sauve le voleur de la potence, et il te coupera la gorge.
Save a thief from the gallows, And he will cut your throat.

Sauve qui peut
Every man for himself ( and the devil take the hindmost )

Savoir, c'est pouvoir
Knowledge is power

Se coucher tôt, se lever tôt, c'est amasser santé et sagesse.
Early to go to bed, and early to rise, make a man wealthy and wise.

Si le renard court, le poulet a des ailes.
Though' the fox runs, the chicken has wings.

Si l'on te donne une vache, cours-y vite avec une corde.
When they give a cow, run and fetch a haller.

Si vous ne pouvez mordre, ne montrez pas vos dents.
If you cannot bite, never show your teeth. = Don't bark, if you can't bite.

Supporte et attends.
Bear, and forbear.



T


Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir
While (GB) / Where (US) there's life, there's hope

Tant que l'or luit, force amis.
In time of prosperity, friends are plenty.

Tel père, tel fils
Like father, like son

Tolérance n'est pas quittance.
Forbearance is no acquaintance.

Tous les chemins mènent à Rome
All roads lead to Rome

Toute fève a son point noir.
Every bean has its black.

Tout ce qui brille n'est pas de l'or
All that glitters is not gold

Toutes les bonnes choses ont une fin
All good things come to an end

Tout est bien qui finit bien
All's well that ends well

Tout vient à point à qui sait attendre
All things come to him who waits

Tous les trente-six du mois
Once in a blue moon

Trop de paroles noient la vérité.
In too much discourse, truth is lost.
Trop de travail abrutit
All work and no play makes Jack a dull boy



U


Un ami se perd plus aisément qu'il ne s'acquiert.
A friend is not so soon gotten as lost.

Un balai neuf, balaie net.
A new besom sweeps clean.

Un de perdu, dix de retrouvé
There are plenty of fish in the sea

Un homme averti en vaut deux
Forewarned is forearmed

Un hôte non invité doit apporter son siège.
An unbidden guest must bring his stool with him.

Un malheur n'arrive jamais seul
It never rains but it pours (GB) = When it rains, it pours (US)

Un méchant buisson abrite mieux que rase campagne.
A bad bush is better than the open field

Un mendiant n'a pas le choix.
Beggars must not be choosers.

Un mot dans l'oreille d'un sage suffit.
A word to the wise is sufficient.

Un point à temps en vaut cent
A stitch in time saves nine

Un oeuf, une pomme, une noix, se mangent après qui que ce soit.
An apple, an egg, and a nut, you may eat after a slut.

Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras
A bird in the hand is worth two in the bush

Un sou est un sou
Every penny counts

Une abeille n'est pas un essaim.
One bee makes no swarm

Une hirondelle ne fait pas le printemps
One swallow doesn't make a summer



V


Vouloir, c'est pouvoir
When there is a will, there is a way.

Posté par rahimrouabhia à 20:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


La Joconde

La Joconde

 

La Joconde, ou Portrait de Mona Lisa, est un tableau de Léonard de Vinci, réalisé entre 1503 et 1506 (ou 1519 ?), qui représente un buste, probablement celui de la florentine Mona Lisa del Giocondo. Acquise par François Ier, cette peinture à l'huile sur panneau de bois de peuplier de 77 x 53 cm est exposée au musée du Louvre à Paris. La Joconde est l'un des rares tableaux attribués de façon certaine à Léonard de Vinci.

La Joconde est devenue un tableau éminemment célèbre car, depuis sa réalisation, nombre d'artistes l'ont prise comme référence. Ce chef-d'œuvre constitue en effet l'aboutissement des recherches du XVe siècle sur la représentation du portrait. À l'époque romantique, les artistes ont été fascinés par l'énigme de La Joconde et ont contribué à développer le mythe qui l'entoure, en faisant de ce tableau l’une des œuvres d'art les plus célèbres du monde, si ce n'est la plus célèbre. Au XXIe siècle, elle est devenue l'objet d'art le plus visité au monde, juste devant le diamant Hope1, avec 20 000 visiteurs qui viennent l'admirer quotidiennement2.

La Joconde Image illustrative de l'article La Joconde

Historique

Ancien Régime et époque moderne

Note d'Agostino Vespucci écrite en 1503 en marge d'un livre de l'université de Heidelberg, identifiant le modèle comme étant Lisa Gherardini.
Le Château du Clos Lucé à Amboise

Léonard de Vinci commence le portrait à Florence en 15033, et d'après Giorgio Vasari l'achève au bout de quatre années. La Joconde ne quitte jamais Léonard de son vivant. Il l’emporte à AmboiseFrançois Ier le fait venir. Une copie de La Joconde, redécouverte en 2012 après sa restauration au musée du Prado, a fait apparaître aux chercheurs que les deux tableaux avaient été réalisés en même temps jusque dans les repeints et repentirs, l’analyse infrarouge révélant que des paysages de rochers en arrière-plan à droite de la Joconde se basaient sur un dessin préparatoire4 daté entre 1510 et 15155, ce qui suggère que la Joconde fut achevée en 1519 selon Vincent Delieuvin, conservateur au Louvre6.

À la mort du peintre en 1519, le tableau aurait été donné en héritage à son élève Salai (à moins que le roi François Ier l'ait acheté à Léonard de Vinci dès 1518 ?), le roi l'acquiert pour 4 000 écus or7 et l'installe au château de Fontainebleau où sa présence est attestée dans le cabinet des peintures dans les années 16008. En 1646, le tableau est présent dans le cabinet doré de la chambre d'Anne d'Autriche à Fontainebleau avant que Louis XIV décide de le ramener sur Paris. En 1665-1666, il passe du palais du Louvre à la galerie des Ambassadeurs du palais des Tuileries. Louis XIV transfère le tableau dans la galerie du roi au château de Versailles dans les années 1690-16959.

XIXe siècle

Il gagne le salon carré du Muséum central des arts de la République (le futur Musée du Louvre) en 1797, le fait qu'il ne fasse pas partie de l'inauguration en 1793 de ce musée révèle d'une notoriété bien inférieure à d'autres œuvres. Il est à nouveau déplacé sur ordre du premier consul Bonaparte qui le fait accrocher au palais des Tuileries en 1801 dans les appartements de Joséphine (et non dans la propre chambre à coucher de Bonaparte comme il est souvent écrit), puis le rend à la grande galerie du Louvre en 1802. En 1870, La Joconde est mise en sécurité dans les souterrains de l'Arsenal de Brest10 puis retourne au Louvre à l'issue de la Guerre franco-prussienne de 187011.

Vol du tableau en 1911

La foule vient contempler dans le Salon Carré le "trou" après le vol.

Le 22 août 1911, Louis Béroud se rend au Louvre pour y faire un croquis de sa prochaine toile Mona Lisa au Louvre, mais à la place de La Joconde se trouve un grand vide12. Béroud contacte les gardiens, qui indiquent que l'œuvre doit être à l'atelier photographique de la maison Braun13. Quelques heures plus tard, Béroud s'enquiert à nouveau auprès des surveillants et on lui apprend que Mona Lisa n'est pas chez les photographes14. Le tableau a bel et bien été volé le 21 août 191115. Le préfet Louis Lépine envoie sur place M. Hamard, chef de la Sûreté et soixante inspecteurs16. Le criminologue Alphonse Bertillon découvre une empreinte de pouce sur la vitre abandonnée, il décide de relever les empreints digitales des 257 personnes travaillant au Louvre. L'analyse des dactylogrammes ne donne aucun résultat, ce qui entraîne la démission du directeur du Louvre Théophile Homolle. Le juge d'instruction Joseph Marie Drioux, que la presse surnomme ironiquement « le marri de la Joconde », emprisonne plusieurs jours le poète Guillaume Apollinaire, celui qui avait un jour crié qu'il fallait « brûler le Louvre », pour complicité de recel de malfaiteur (ayant quelques années auparavant employé comme secrétaire et factotum Géry Pieret, cet aventurier d'origine belge avait lui-même dérobé des statuettes et des masques phéniciens au Louvre : ayant contacté le 28 août le quotidien Paris-Journal, il lui fait parvenir une statuette volée au Louvre puis par bravade s'accuse d'avoir volé la peinture et réclame 150 000 francs or17 pour sa restitution ; en fuite, la Cour d'assises de la Seine le condamne par contumace en 1912 pour le vol des trois statuettes ibériques à dix ans de réclusion18) et soupçonne le peintre Pablo Picasso qui est longuement interrogé (il avait acheté à Géry Pieret ses masques et statuettes dont le primitivisme influencera les Demoiselles d’Avignon). Le vol est revendiqué par plusieurs mythomanes, dont l'écrivain italien Gabriele D'Annunzio qui avait composé en 1898 une tragédie intitulée La Joconde en la dédiant à « Eleonora Duse aux belles mains »19. La Société des amis du Louvre offre une récompense de vingt-cinq mille francs, par ailleurs un anonyme propose de doubler cette somme. La revue L'Illustration promet cinquante mille francs pour qui rapporterait le tableau dans les locaux du journal16.

Le voleur était l'Italien Vincenzo Peruggia, un vitrier qui avait participé aux travaux de mise sous verre des tableaux les plus importants du musée. Il conserve le tableau pendant deux ans dans sa chambre à Paris, il était caché dans le double fond d'une valise de bois blanc, sous son lit. De retour en Italie, il propose de le revendre le 10 décembre 1913 à un antiquaire florentin, Alfredo Geri, qui avait passé une petite annonce pour acheter des œuvres d'art et qui donne l'alerte. Geri ayant prévenu la police, Peruggia est arrêté dans la chambre de son hôtel (rebaptisé par la suite hôtel Gioconda), et n'est condamné qu'à 18 mois de prison, la presse italienne saluant son patriotisme. Le 4 janvier 1914, après des expositions à Florence et à Rome, le tableau revient solennellement au Louvre20,18 où il est désormais placé sous une surveillance accrue21.

De nombreuses hypothèses ont été proposées pour expliquer le vol de Vincenzo Peruggia : il aurait agi par patriotisme (c'est la ligne de défense préconisée par ses avocats lors de son procès), croyant naïvement que le tableau avait été volé par Bonaparte lors de la campagne d'Italie ; il aurait agi sur commande du faussaire argentin Eduardo de Valfierno (en) qui voulait vendre comme authentiques six copies du tableau, réalisées avant le vol par Yves Chaudron, à des acheteurs américains convaincus d'acquérir l'original (thèse d'un journaliste dans les années 1930). Le journaliste et critique d'art Jérôme Coignard, ayant exhumé les confessions faites par Peruggia dans le quotidien Le Journal en juillet 1915, prend au sérieux son témoignage : il aurait été approché par un allemand qui joue sur son nationalisme et le manipule. Cet allemand pourrait être un espion cherchant à déstabiliser la France dans le contexte de la future Première Guerre mondiale ou Otto Rosenberg, escroc notoire appartenant à une bande de trafiquants d'art de haute volée mais n'ayant pu récupérer le tableau car il était sous surveillance policière française suite au vol22.

La Joconde pendant les deux guerres mondiales

Inauguration de l'exposition de La Joconde à Washington en 1963 en présence des Kennedy, du vice-président Lyndon Johnson, d'André Malraux, ministre français des Affaires culturelles et de son épouse

En 1914, La Joconde est mise en sécurité à Bordeaux puis à Toulouse10 puis retourne au Musée du Louvre à l'issue de la Guerre 1914-1918.

En septembre 1938, suite à l'invasion des Sudètes par Hitler et au risque de guerre, La Joconde est une première fois mise en sécurité hors du Louvre mais y retourne assez rapidement23. Au déclenchement de la guerre, le tableau part d'abord pour le château de Chambord23, où transitèrent à cette période de nombreuses peintures et sculptures des musées parisiens, puis il se retrouve successivement dans les caves du château d'Amboise24, à l’abbaye de Loc-Dieu23, au musée Ingres de Montauban24, retourne à Chambord23 avant d'être entreposé sous le lit de René Huyghe, conservateur du musée du Louvre en exil dans le château de Montal en Quercy (Lot)24,23 avant d'être envoyé dans diverses demeures anonymes du Lot et des Causses10 jusqu'en juin 1945 où il sera réinstallé au Louvre. La Joconde, « enfermée sous un capitonnage en velours rouge, puis dans un écrin, lequel est placé[e] dans une caisse avec double paroi en bois de peuplier [… et] porte le matricule NLP n°0, ainsi que trois points rouges - signes distinctifs de sa très grande valeur »25.

Depuis les années 1960

Salle du Louvre où est exposé en 2012 le tableau de la Joconde.

En janvier 1963, le ministre de la Culture André Malraux expédie La Joconde aux États-Unis où elle est reçue par le président Kennedy. Elle est exposée à la National Gallery de Washington puis au Metropolitan Museum of Art de New York. Elle est admirée par 1,7 million de visiteurs au total26. Elle fait aussi deux autres voyages en Russie et au Japon en 1974.

Depuis mars 2005, La Joconde bénéficie au musée du Louvre d'une salle rénovée et spécialement aménagée pour la recevoir, la salle des États, dans laquelle elle fait face à un célèbre tableau de Véronèse, les Noces de Cana.

La Joconde fait partie des collections du département des Peintures du musée du Louvre dirigé par Vincent Pomarède. Jusqu'en 2006, elle était sous la responsabilité du conservateur Cécile Scailliérez. Depuis novembre 2006, elle relève des collections de Vincent Delieuvin, conservateur chargé des peintures italiennes du XVIe siècle au musée du Louvre.

Le 2 août 2009, une touriste russe lance une tasse de thé vide sur le tableau protégé par une vitre blindée, ne causant donc aucun dommage27.

Description

La Joconde est le portrait d'une jeune femme, sur fond d'un paysage montagneux aux horizons lointains et brumeux.

La femme porte une robe et, sur la tête un voile noir transparent. On remarque que totalement épilée, conformément à la mode de l'époque, elle ne présente ni cils, ni sourcils. Elle est assise sur un fauteuil dont on aperçoit le dossier à droite du tableau. Ses mains sont croisées, posées sur un bras du fauteuil. Elle se trouve probablement dans une loggia : on peut voir un parapet juste derrière elle au premier tiers du tableau, ainsi que l'amorce de la base renflée d'une colonne sur la gauche. À l'arrière plan se trouve un paysage montagneux dans lequel se détachent un chemin sinueux et une rivière qu'enjambe un pont de pierre. On peut remarquer une cassure de la ligne d'horizon. La tête de La Joconde sépare le tableau en deux parties dans lesquelles l'horizon ne se trouve pas au même niveau.

La source de lumière provient essentiellement de la gauche du tableau.

L'œuvre jouissait déjà d'une grande considération à la Renaissance. Voici ce qu'en dit Giorgio Vasari dans son ouvrage de 1550 :

« Celui qui désiroit se convaincre jusqu'à quel point l'art peut imiter la nature, le pouvoit d'autant plus, que les moindres choses sont rendues dans cette tête avec la plus grande finesse. Les yeux avoient ce brillant, cette humidité qui existent sans cesse dans la nature, et étoient entourés de ces rouges pâles, et des paupières qui ne peuvent s'exécuter qu'avec une très-grande subtilité. On voyoit la manière dont naissent les sourcils dans la chair, qui tantôt plus épais, tantôt plus clairs, tournoient selon les pores qu'indique la nature. Le nez étroit n'étoit pas moins bien rendu, et toutes ces belles ouvertures rougeâtres et délicates. La bouche vermeille et ses extrémités se fondoient tellement avec la carnation du visage, que l'on croyoit plutôt y voir la chair que la couleur. Lorsque l'on regardait attentivement le creux de la gorge, on sembloit apercevoir le battement du pouls; et l'on peut dire avec verité que ce portrait étoit peint de manière à faire craindre et trembler les plus grands maîtres28. »

Le modèle

Plusieurs hypothèses ont été formulées à propos de l'identité du modèle.

Lisa Maria Gherardini

Article détaillé : Lisa Gherardini.

Selon l'hypothèse admise depuis Giorgio Vasari, le modèle s'appellerait à l'origine Lisa Del Giocondo, née Lisa Maria Gherardini en mai 1479 à Florence (Toscane). Issue d'une famille modeste, elle épousa à 16 ans le fils d'un marchand de soie, Francesco di Bartolomeo di Zanobi del Giocondo. Déjà veuf à deux reprises, Giocondo a 19 ans de plus que Lisa. Elle lui donna trois enfants, Piero Francesco — né en 1496 — une fille au prénom inconnu morte en 1499 et Andrea — né en 1502.

Le nom du tableau viendrait de Madonna (Ma dame, en français), abrégé en Monna, et Lisa, premier prénom du modèle.

Cette hypothèse semble confirmée par une découverte récente. Dans une édition de l'œuvre de Cicéron, retrouvée à Heidelberg, en Allemagne, et datant de 1503, son propriétaire Agustino Vespucci, ami de Léonard de Vinci a annoté une page de l'ouvrage, indiquant que De Vinci avait trois peintures en cours cette année-là, dont un portrait de Mona Lisa del Giocondo29.

Francesco del Giocondo possédait une chapelle familiale dans l'église de la Santissima Annunziata, où il fut plus tard inhumé. Cette église était tenue par les Servites de Marie, qui ont hébergé en 1501 Léonard, fils de Piero da Vinci, le notaire de leur ordre. Il est probable que Léonard et Francesco ont fait connaissance à cette époque.

En 1503, Francesco del Giocondo emménage dans une demeure plus grande, via della Stufa, et cherche un peintre pour réaliser le portrait de son épouse. Il se tourne vers Léonard de Vinci.

Lisa Gherardini était âgée de 24 ans, et Léonard de 51 ans au moment où il commença son tableau.

Francesco del Giocondo ne reçut jamais son tableau. Il était inachevé quand l'artiste quitta Florence pour Milan.

Cette thèse reste discutée, au prétexte qu'aucune trace d'un paiement n'a été retrouvée. Les liens étroits entre Léonard de Vinci et la famille del Giocondo ont été établis en 2004 par Giuseppe Pallanti (2007)30, d'après qui les archives d'une église du centre historique de Florence font référence à un acte de décès de « l'épouse de Francesco Del Giocondo », morte le 15 juillet 1542 et enterrée au couvent Sant'Orsola.

Selon Daniel Arasse, s'il était vivant quand le tableau fut fini, Francesco del Giocondo se serait senti outragé et l'aurait probablement refusé. D'après lui, à cette époque une femme au front dégarni et aux sourcils épilés ne pouvait être qu'une prostituée. Des analyses du tableau postérieures à 2000 ont montré que La Joconde a la tête couverte d'un voile transparent ou peu visible.

Autres suggestions

Certains font l'hypothèse que le tableau de La Joconde est un autoportrait travesti, comme l'attesterait la superposition des calques des autoportraits présents dans ses carnets de croquis et celle de « Monna Lisa ».

Une autre conjecture est basée sur une analogie : le visage de Monna Lisa serait superposable à celui de Catherine Sforza, princesse de Forlì (XVe siècle), dans un portrait peint par Lorenzo di Credi31. Ce portrait est conservé dans le musée de Forlì, en Italie.

Selon l'historien italien Roberto Zapperi, le portrait représenterait Pacifica Brandini d’Urbin, maîtresse de Julien de Médicis, le peintre gardant le tableau inachevé puisque son commanditaire Julien de Médicis meurt en 1516 sans avoir payé la totalité de la commande32.

Daniel Arasse, dans son livre Histoires de peintures, écrit que le « mystère » de La Joconde date du début du XIXe siècle, avec l'attribution erronée, à Léonard de Vinci, de la tête de méduse du Musée des Offices, en fait peinte par un Flamand du XVIIe siècle. On a fait de la méduse le revers de La Joconde, en supposant qu'un monstre se cachait derrière son sourire.

Selon d'autres hypothèses plus ou moins farfelues, qui n'émanent pas d'historiens de l'art, le sujet du tableau est la propre mère de Léonard, d'après ses souvenirs de jeunesse ou bien raconte le mythe d'Isis et d'Osiris33.

Silvano Vincenti, président du « Comité national pour la valorisation des biens historiques », une association privée d'investigation de l'art, affirme quant à lui qu'il y a de fortes similitudes entre les traits des visages du Saint Jean Baptiste, de l'ange et de Monna Lisa. D'après cette hypothèse, la Joconde serait donc un homme. Le peintre aurait laissé des indices en peignant dans les yeux de la Joconde un minuscule L pour Leonardo et un S pour Salai, assistant du peintre qui aurait servi de modèle. Le chercheur, auteur d'un livre sur le sujet, révèle que son équipe a analysé des reproductions numériques de haute qualité du tableau. Toutefois, le musée du Louvre réfute la démonstration qui repose sur des sur-interprétations à partir de nombreuses craquelures dues au vieillissement de la peinture sur bois34. Sophie Herfort, doctorante en sciences de l'art à l'université de Paris I, considère que le portrait de Salai, personnage androgyne aimant porter des bas roses et se féminiser à outrance, et celui de La Joconde posés en calque montrent beaucoup d'analogies35.

Analyse du tableau

Technique

Le flou du tableau est caractéristique de la technique du sfumato. Le sfumato, qui signifie en Italien « enfumé », est un effet vaporeux, obtenu par la superposition de plusieurs couches de peinture extrêmement délicates qui donne au tableau des contours imprécis. Cette technique a été employée en particulier au niveau des yeux dans la mise en ombrage.

Le Conseil national de recherches du Canada a dévoilé, à Ottawa, le 26 septembre 2006, les résultats d'une étude réalisée grâce à un système de balayage laser sophistiqué, en couleurs et en trois dimensions. Celle-ci a permis de découvrir que Mona Lisa était enveloppée d'un « voile de gaze » fin et transparent normalement porté à l'époque par les femmes enceintes ou venant d'accoucher. Masqué par le vernis, ce détail n'avait jamais été observé auparavant.

Au printemps 2008, les physiciens M. Elias et P. Cotte 36 ont étudié le tableau grâce à un appareil-photo multi-spectral (lumière visible et infrarouge) conçu par la société Lumiere Technology. Cela a permis une avancée sur la connaissance du sfumato37, ainsi que la reconstitution d'une image aux couleurs originales en retirant l'effet du vernis vieilli38. En outre, la position de sa main gauche s'expliquerait par la présence d'une couverture sur ses genoux, révélée elle aussi par l'image infrarouge39.

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Dénomination

Le titre du tableau vient probablement du patronyme du sujet — « del Giocondo » — mais peut également être attribué à l'attitude de la femme représentée.

Il vient du latin iucundus qui signifie « plaisant, agréable », et qui selon la plupart des auteurs40 vient de iuuare « plaire ; être utile ; aider »41. On a aussi pensé42 que iucundus viendrait de ioca « plaisanteries ; jeux » ou que le sens du premier aurait été influencé par le second. Dans la mythologie grecque, Horace donne Jocus (le Jeu) pour compagnon de l'Amour dans la deuxième ode de son livre Ier, vers 34 : Vénus rieuse, entourée du vol de Jocus et de Cupidon.

Le tableau est aussi appelé « Monna Lisa » ou sa déformation plus courante « Mona Lisa », une contraction de « ma donna Lisa » qu'on peut traduire par « madame Lisa ».

Symbolisme

En italien, giocondo signifie « heureux, serein ». Léonard était sûrement conscient qu'il peignait non seulement le portrait d'une femme, mais aussi le portrait d'une expression. La Joconde constitue réellement le portrait de l'idée de sérénité, comme la maternité épanouie de Mona Lisa del Giocondo qui venait d'accoucher de son troisième enfant lors de la réalisation de son portrait.

Selon certains, La Joconde est aussi l'expression de la féminité, voire de la maternité, car elle semble apparaître comme tenant un enfant dans ses bras.

Daniel Arasse nous apprend dans un de ses ouvrages43 que le pont, qui figure dans le paysage, est le symbole du temps qui passe.

Le sourire et le regard

Le sourire de La Joconde constitue un des éléments énigmatiques du tableau, qui a contribué au développement du mythe. Son sourire apparaît comme suspendu, prêt à s'éteindre : quand on le fixe directement, il semble disparaître pour réapparaître lorsque la vue se porte sur d'autres parties du visage. Le jeu des ombres accentue l'ambiguïté que produit le sourire44. Plusieurs études scientifiques ont analysé ce sourire :

  • Alors que plusieurs hypothèses plus ou moins farfelues ont été données depuis des décennies pour expliquer ce sourire (asthme, paralysie faciale de Bell45, bruxisme dû au stress des longues poses ou au contraire sourire de plaisir par l'écoute de musique lors de ces séances, sourire maternel de femme enceinte, stratagème du peintre qui entoure son modèle de musiciens, de chanteurs et de bouffons, pour effacer la mélancolie de son visage de femme maltraitée...), le professeur en odontologie Joseph Borkowski remarque une cicatrice sous la lèvre inférieure de la Joconde, similaire à celle créée quand les bords incisifs des dents percent la lèvre : Mona Lisa aurait perdu des dents de devant, comme beaucoup de personnes à cette époque où l'hygiène dentaire était déficiente, ce qui lui donne un sourire particulier46.
  • Selon la neuroscientifique Margaret Livingstone, Léonard de Vinci a longtemps étudié l'anatomie de l'œil et la perception visuelle pour créer volontairement une confusion entre la vision périphérique sensible aux "fréquences basses spatiales" (les zones sombres) et la vision centrale sensible aux détails : en accentuant la bouche et le sourire par le renforcement des ombres sur les pommettes et la mâchoire, le sourire ne devient visible que lorsque la vision périphérique se fixe hors de la région péribucale47.
  • En 2005, un logiciel de reconnaissance des émotions corrèle la courbure des lèvres et les pattes d'oie autour des yeux à six émotions de base : le sourire de la Joconde traduirait à 83 % le bonheur, à 9 % le dédain, à 6 % la peur, à 2 % la colère, à 1 % la neutralité et aucun %age à la surprise48.

Tout en donnant l'impression de suivre le spectateur des yeux, le regard de Mona Lisa fixe un point situé au-delà du spectateur, légèrement à sa gauche, provoquant ainsi une mise en profondeur du dialogue entre l'œuvre et le spectateur.

Dans le Quatuor d'Alexandrie, Lawrence Durrell compare le sourire de la Joconde à celui « d'une femme qui vient d'empoisonner son mari ».

Les copies de la Joconde

Dès le XVIe siècle, La Joconde inspira de nombreux peintres, qui en firent des copies et imitations plus ou moins fidèles. Une copie de La Joconde, qui appartient au musée du Prado, à Madrid a été redécouverte en 2012 après sa restauration qui a consisté notamment à retirer un fond noir qui recouvrait l'arrière-plan, révélant le paysage d'origine. Elle est attribuée à Salai ou à Francesco Melzi, deux des élèves favoris de Léonard de Vinci49. Elle serait la seule copie « contemporaine » de l'œuvre. Elle comporte, en particulier les mêmes repentirs. Les quelques différences seraient dues à l'inachèvement du tableau maître lorsqu'il quitta définitivement l'atelier de Léonard avec ce dernier, obligeant ses disciples à achever la copie à leur manière50.

Influences et détournements

Tableau Monna Vanna, de Salai, inspiré de La Joconde

Le disciple de Léonard de Vinci, Salai réalisa en 1515 un portrait de femme nue, appelé Monna Vanna ou Lisa del Giocondo (aujourd'hui conservé au musée de l'Ermitage de Saint-Petersbourg).

Corot, Robert Delaunay et Fernand Léger ont tiré des variations du tableau de Léonard de Vinci. Au XXe siècle les surréalistes, pour protester contre « l'art établi » détournèrent le tableau. Monna Lisa se vit affublée d'une moustache par Salvador Dali, et par Marcel Duchamp sous le titre L.H.O.O.Q. 51. Plus récemment, le sculpteur Daniel Druet a donné corps à l'œuvre phare de Léonard de Vinci en réalisant le buste grandeur nature de Mona Lisa pour le compte du designer contemporain Yves Cohen. Une copie de ce buste en biscuit de porcelaine a été confiée à Henri Loyrette, l'actuel président du musée du Louvre.

Études diverses

En décembre 2005, le magazine britannique The New Scientist relate une étude48 basée sur un logiciel de reconnaissance des émotions sur le visage. D'après cette étude Mona Lisa était « 83 % heureuse, 9 % écœurée, 6 % craintive et 2 % en colère ».

Matsumi Suzuki, acousticien spécialisé dans l’étude de la voix, et son entreprise Japan Acoustic Lab prétendent avoir retrouvé le timbre de voix de La Joconde. En prenant en compte sa taille (estimée à 1,68 m), la morphologie de son crâne, il a pu déterminer à 90 % la voix de la Mona Lisa. « La partie inférieure de son visage est assez large, et elle a un menton pointu. Ce volume se traduit par une voix relativement basse, et la forme du menton par la présence de tons dans les gammes medium », a-t-il expliqué à l’agence Reuters. Matsumi Suzuki a déjà fait ses preuves dans les affaires criminelles52.

Références culturelles

Illustration

L'illustrateur Paul Kidby s'en est emparé en la parodiant pour la couverture de L'Art Du Disque-Monde sous le nom de "Mona Ogg". En 2008, le peintre Yanick Douet a réalisé une joconde en imaginant le corps dans son entier, afin de personnaliser la femme coupée en deux.

Chanson

Barbara (paroles et musique de Paul Braffort), Serge Gainsbourg ou Patachou ont chanté la Joconde. Le chanteur Bob Dylan se réfère au sourire de la Joconde, dans l'une de ses chansons surréalistes53.

Littérature

Des auteurs « jocondoclastes », de Jean Margat à l'oulipien Hervé Le Tellier, ont fait d'elle un personnage littéraire.

Cinéma

  • Dans On a volé la Joconde (1966) de Michel Deville un voleur parvient à subtiliser le tableau et croise une femme de chambre qui est le sosie de Mona Lisa.
  • Dans 2012 (2010) de Roland Emmerich, en prévision de la fin du monde, la Joconde est enlevée du Louvre et est remplacée par une copie parfaite. Elle est officiellement destinée à un coffre-fort en Suisse, mais va être en fait chargée dans l'une des arches de sauvegarde.

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Anglicisme

Anglicisme

Un anglicisme est un emprunt fait à la langue anglaise par une autre langue. L'anglicisme naît, soit de l'adoption d'un mot anglais par suite d'un défaut de traduction, même si un terme équivalent existe dans la langue du locuteur, soit d'une mauvaise traduction, comme le mot à mot.

On parle dans certains cas de calque, c'est-à-dire d'une traduction mot à mot d'une tournure ou d'un sens n'existant pas dans la langue d'origine : réaliser au sens de « prendre conscience » ou encore celle d’initier pour « entreprendre, débuter, mettre en œuvre ».

Dans le cadre du monde francophone (ou francophonie), la perception des anglicismes n'est pas toujours la même d'une institution à l'autre. Ainsi, selon l'Office québécois de la langue française, spam devrait se traduire par « pourriel », néologisme qu'a rejeté l'Académie française2, mais qui est tout de même utilisé au Québec.

Catégories d'anglicismes

Selon le Colpron, dictionnaire des anglicismes publié au Québec3, on peut classer les anglicismes en six catégories4 :

  • l'anglicisme sémantique : c'est l'attribution à un mot d'une acception qu'il n'a qu'en anglais (faux-amis), ou la traduction littérale d'un idiotismeanglais ;
    • vol domestique pour vol intérieur ; définitivement pour definitely (« certainement ») ; « je suis désolé » pour excusez-moi ; « votre honneur » pour « monsieur (ou madame) le juge »; « développer une maladie » pour contracter une maladie5.
  • l'anglicisme lexical : c'est l'emprunt de mots ou d'expressions anglais employés tels quels ;
    • feedback (rétroaction, commentaire, appréciation)
  • l'anglicisme syntaxique : c'est le calque de constructions syntaxiques propres à la langue anglaise ;
    • être en charge de (in charge of) : être chargé de (pour une tâche ou un domaine d'activité), être responsable de (pour une organisation)
  • l'anglicisme morphologique : ce sont des erreurs dans la formation des mots (genre, suffixations, etc.) ;
    • les actifs d'une société (the assets) : l'actif
  • l'anglicisme phonétique : c'est une faute de prononciation ;
    • zoo prononcé [zu] au lieu de [zo] ou [zoo]6.
  • l'anglicisme graphique : c'est l'emploi d'une orthographe ou d'une typographie qui suit l'usage anglo-saxon ;
    • emploi du point décimal au lieu de la virgule et des guillemets anglais (“ ”) à la place des guillemets français (« »)
    • emploi des majuscules aux noms communs comme dans : Association Les Plus Beaux Villages de France.

Jean Darbelnet ajoute

  • l'anglicisme de fréquence : c'est l'utilisation correcte d'un terme, mais à une plus grande fréquence que s'il n'y avait pas contact avec la langue anglaise7.
    • incidemment8 est un adverbe peu usité en France mais fréquent au Canada en raison de l'emprunt d'incidentally. La langue française dispose pourtant d'un grand nombre d'équivalents : soit dit en passant, au fait, à propos, entre parenthèses.

Anglicismes en français

Un anglicisme propagé par la Banque postale française : l'abréviation de « Monsieur » au moyen de l'abréviation anglaise « Mr » au lieu de l'abréviation française « M. »

L'usage du français contemporain est marqué par de nombreux anglicismes9.

Il ne faut pas oublier que, si la tendance s'est inversée ces dernières décennies, avant le XVIIIe siècle la langue anglaise avait plus emprunté à la langue française que le contraire; ce qui fait que certains des anglicismes actuels du français furent des gallicismes en anglais à une certaine époque (ex. : obsolète). Étiemble rappelle dans Parlez-vous franglais ?10 que le mot manager vient de ménager, comme notre « ménagère » et management de ménagement11 (Il faut dans les deux cas veiller aux affaires courantes, gérer un budget, déléguer, etc.)

Beaucoup d'anglicismes utilisés il y a un siècle (on en trouve chez Alphonse Allais) sont tombés aujourd'hui en désuétude ou dans l'oubli. Des anglicismes plus récents comme computer ou software ont disparu, chassés par ordinateur (plus précis, computer désignant n'importe quel type de calculateur, même analogique) ou logiciel (qui fait parfaitement pendant à matériel).

Le nombre et la fréquence des anglicismes varient selon les locuteurs et selon les domaines de spécialité. Certains domaines en regorgent, comme l'économie, mais surtout l'informatique. Celle-ci est en effet sujette à de nombreux emprunts à l'anglais (au jargon informatique anglo-américain) comme dans le reste du monde la musique l'est à l'italien ou la cuisine et la mode… au français; ainsi, la lingua franca de fait entre les informaticiens du monde entier est l'anglais. De plus, la plupart des langages de programmation ont un vocabulaire inspiré de l'anglais, ce qui fait que les programmeurs ont une tendance naturelle à penser en anglais.

Le français contribue cependant à des termes qui s'internationalisent : Informatique, néologisme inventé en 1962 par Philippe Dreyfus12, a été acclimaté en Informatics vers la fin des années 1970 dans les pays anglo-saxons, où il unifie les disciplines jadis cloisonnées qui s'y nommaient respectivement Computer Science et Data Processing. L'avionique a elle-même sans doute donné naissance à « avionics ». Un autre néologisme français, télématique (apparu vers 1982), désignant la synergie de l'informatique et des télécommunications, y a fait naître compunication ou compucation (contractions de computer communication, 1. communication entre ordinateurs ; 2. télématique).

De nombreux anglicismes possèdent des équivalents français. Leur emploi n'est donc plus motivé par une lacune du lexique français, mais l'unification du vocabulaire permet de faciliter la transmission sans ambigüité de connaissances pointues et en rapide évolution. Ainsi, dans d'autres domaines comme la zoologie et la botanique, l'usage du latin est généralisé pour nommer plantes et animaux.

Propagation des anglicismes

Certains journalistes de la télévision française, dont la fonction exige une grande maîtrise du français, introduisent néanmoins dans celui-ci des anglicismes13. Lexicaux, syntaxiques ou phonétiques, ces calques jouissent auprès des téléspectateurs d’un fort effet de mode qui garantit leur rapide acclimatation dans la langue française, par le simple fait qu'il s'agit de termes inhabituels et ressentis comme nouveaux donc avantageux14.

Acclimatation des anglicismes

Si certains des mots anglais qui sont passés en masse dans le français aux XVIIIe et XIXe siècles ont conservé leur graphie d'origine, d'autres avec le temps se sont conformés aux habitudes de l'orthographe française. Ainsi « redingote », qui vient de riding-coat, « paquebot », qui vient de packet-boat, et « boulingrin », qui vient de bowling green, exemples cités par Étiemble dans Parlez-vous franglais ?15. C'est aussi le cas de « bol », issu de bowl (orthographié ainsi en 1826), de « partenaire », issu de partner (orthographié de la sorte en 1836), et de « névrose », issu de neurosis16.

Au XXe siècle, l'orthographe reste inchangée dans la plupart des cas. Dans les formes dérivées des emprunts, en revanche, la francisation est de règle :

  • « upgrader » (mettre à niveau) : ajout de la désinence -er à upgrade
  • « mixage » (mélange de diverses sources sonores) : ajout de la désinence -age à mix
  • « dragqueenesque » (de travesti, de folle) : ajout de la désinence -esque à dragqueen
  • « footballistique » (relatif au football) : ajout de la désinence -istique à football

L'Académie française veille à ce que le système phonologique, la morphologie et la syntaxe de la langue française ne soient pas touchés. L'Académie considère que, si certains emprunts contribuent à la vie de la langue, d'autres sont nuisibles, inutiles ou évitables. L'Académie s'emploie donc à opérer un tri, par son Dictionnaire et ses mises en garde, ainsi que par le rôle qu'elle tient dans le dispositif d'enrichissement de la langue française mis en place par un décret en 1996, et propose, en collaboration avec les commissions de terminologie, des équivalents français répertoriés dans la base de données FranceTerme, accessible aux professionnels et au grand public par internet17.

Anglicismes passés de mode

Il arrive que le mouvement de la mode balaye hors du discours quotidien des mots anglais naguère en vogue. Dans L’aventure des mots français venus d'ailleurs, Henriette Walter donne des exemples de ce qu’elle nomme « anglicismes « ringards » »18 : ainsi on ne parle plus de « kids » et de « teenagers » mais d’« enfants » et d’« ados » (troncation d'un mot bien français), prendre un « drink » fait penser à une époque révolue (en France mais pas au Québec) et l’adjectif « smart » (au sens d’« élégant ») n’a plus cours du tout.

Politiques en matière d'anglicismes en Belgique et au Québec

Les anglicismes sont plus nombreux dans les pays où le français est en contact quotidien avec l'anglais. C'est le cas des pays bilingues comme le Canada (notamment à Montréal, où l’on utilise de très nombreux anglicismes, surtout dans les domaines de la mécanique et de la construction), la Belgique, où le gouvernement utilise parfois des anglicismes (d'une part, cela évite d'utiliser des termes néerlandais ou français qui pourraient favoriser l'une ou l'autre communauté, d'autre part, certains ministres ne maîtrisant pas bien l'autre langue, l'anglais est censé leur permettre de s'exprimer plus facilement).

Dans certaines régions du Québec, l’emploi d’anglicismes est fréquent. Mais dans une région où le français est en constante interaction avec l’anglais, cette utilisation est toutefois en régression, notamment du fait d’un combat de langue mené depuis plusieurs siècles. La création de néologismes par l'Office québécois de la langue française (OQLF) est fréquente et leur utilisation est obligatoire. Par exemple, dans une production écrite scolaire en français, on écrira « courriel » et non « email », sous peine de perdre des points19.

Les pays francophones créent les néologismes qu'ils jugent appropriés, particulièrement dans le domaine informatique (Toile pour Web, abréviation de World Wide Web, courriel pour e-mail, pourriel pour spam, etc.). Une institution très active sur le plan néologique est l'Office québécois de la langue française. L'expérience montre cependant qu'une traduction n'est universellement acceptée que si elle est correctement choisie : avant la (demi-)création du couple matériel et logiciel, aujourd'hui d'usage universel, des organismes avaient essayé d'imposer quincaille et mentaille, apparemment trop hâtivement calqués sur hardware et software pour avoir du succès.

Faux anglicismes

À côté des anglicismes, on trouve ce qu'on appelle de faux anglicismes, c'est-à-dire des lexèmes pris dans la langue anglaise (ils en ont l'orthographe et la prononciation), mais ne sont pas utilisés de cette façon dans la langue d'origine, au point que certains n'existent pas.

Exemples en français :

  • le ball-trap : clay-pigeon shooting (brit.) ou skeet shooting (amér.)
  • un bluesman : a male blues musician/singer
  • un brushing : a blow-dry
  • un parking : a parking lot (amér.) ou a car park (brit.)
  • un camping : a campground (amér.) ou a campsite (brit.)
  • un tennisman : a tennis player
  • un talkie-walkie : a walkie-talkie

Exemple en allemand :

  • ein Handy : mobile phone (brit.) cell phone (amér.)

Liste d'anglicismes courants en français

La qualité d'anglicisme des exemples qui suivent est vérifiable dans les ouvrages donnés en bibliographie. Toutefois, le français étant une langue vivante, de nouveaux anglicismes apparaissent régulièrement. Cette liste n'est donc pas exhaustive.

Sémantiques

  • alternative : autre possibilité (en français une alternative est constituée de deux solutions éventuelles)
  • assumer (to assume) (au Canada): présumer, supposer
  • contributeur (contributor) : rédacteur (d'un rubrique de journal), collaborateur (à une œuvre collective)
  • délai (delay) (au Canada) : retard
  • digital (digital de digit au sens de « chiffre ») : numérique
  • éducation : enseignement et parfois même l'adjectif « scolaire »
  • évidence (evidence) (au Canada) : preuve
  • excitant (exciting) : passionnant, « super », « génial »
  • finaliser (finalize/finalise) : achever, terminer, peaufiner, conclure, mettre la dernière main à
  • global : qui concerne le monde, mondial, planétaire
  • initier (initiate) : débuter, entamer, inaugurer, lancer, instaurer
  • opportunité (opportunity) : occasion, possibilité, perspective, chance, aubaine
  • patente (patent) : brevet (au Canada, « patente » désigne une invention, un bidule)
  • preuve (proof) : démonstration
  • profitable : rentable (la rente est ce que « rend » un investissement ; en français, le sens premier de « profitable » est non pas du domaine financier mais plutôt du domaine moral)
  • réaliser (realize/realise) : se rendre compte de, s'apercevoir de
  • support : assistance ou prise en charge (en informatique)
  • système (system) : réseau, ensemble
  • tarif douanier (customs tariff) : (1) droits de douane ; (2) nomenclature douanière
  • trafic (traffic) : circulation

Lexicaux

  • challenger : (1) postulant/prétendant au titre ; (2) concurrent, adversaire, rival
  • charter : (en avion) vol direct, par opposition à un vol qui n'est pas un vol régulier
  • chater / chatter : bavarder (derrière un ordinateur) ou clavarder
  • checker (au Canada, rare en France) : (selon le contexte) regarder, vérifier, surveiller, (France) contrôler
  • corner : (au football, soccer) : coup de pied de coin, (Belgique) coup de coin
  • dispatcher (verbe) : répartir, ventiler
  • hoax : canular (utilisé dans le contexte de l'Internet)
  • hype (en France) : (substantif fém.) battage publicitaire, agitation médiatique; (adjectif) branché, dans le coup, à la mode
  • leader : (selon le cas) principal dirigeant, numéro 1, patron, chef, chef de file, guide, figure de proue, meneur, cheval de tête (courses hippiques)
  • low cost : (employé en apposition à) à faible coût, à bas prix, de bas de gamme
  • mail (en France) : courriel
  • mailing (en France) : publipostage
  • manager (nom) : (selon le cas) directeur, gestionnaire, gérant, imprésario
  • mug : godet
  • news (en France) : (les) informations, (les) infos, (les) nouvelles, (les) actualités, (l')actu, (les) échos
  • pipeline : (1) (selon le cas) oléoduc, gazoduc ; (2) (en informatique) ligne de décodage d'instructions
  • prime time (en France) : heure de grande écoute, première partie de soirée, début de soirée
  • smartphone : ordiphone
  • tester : mettre à l'essai, essayer, mettre à l'épreuve (en français, tester signifie « faire son testament »)
  • toaster : grille-pain
  • week-end (pas au Canada) : fin de semaine

Syntaxiques

  • en charge de (in charge of) : chargé de, responsable de
  • est sous contrôle (under control) : est maîtrisé
  • faire sens (to make sense) (en France, pas au Canada) : avoir un sens
  • faire du sens (to make sense) (au Canada) : avoir un sens
  • bon matin20 (good morning) (au Canada) : bonjour
  • basé (based) : (1) (based in) ayant élu domicile à, domicilié à, ayant ses quartiers à, ayant son siège social à, sis à ; (2) (based on) fondé sur, reposant sur
  • être sous l’impression (to be under the impression) (au Canada) : avoir l’impression
  • Moi, un comédien… (au Québec) : Moi, comédien… (article inutile précédant une profession et dans le cas d'une apposition)
  • Koweit City (mais aussi Panama City, Mexico City - villes où l'on parle espagnol) alors que l'on peut dire et en écrire : à Koweit (ville) et au Koweit (pays), à Mexico et au Mexique
  • nos vies (our lives) : notre vie
  • avoir le pouce vert (to have a green thumb) (au Canada) : avoir la main verte
  • payer attention (to pay attention) (au Canada) : prêter attention, faire attention
  • être supposé faire (to be supposed to do) (au Canada) : être censé faire

Phonétiques

  • Israël prononcé Izraël au lieu de Issraël
  • anglicisme prononcé anglisizm au lieu de anglisissm

Graphiques

  • Majuscule initiale pour les noms de mois et de jour : Mars au lieu de mars, Mardi au lieu de mardi
  • saoudien, saoudite : séoudien, séoudite
  • chypriote : cypriote (du latin Cyprus)
  • language : langage
  • a, b, et c : a, b et c
  • Mr : M. (abréviation de monsieur)

Anglicismes dans d'autres langues

Anglicismes en allemand

  • Sinn machen, haben : avoir du sens (calqué de l'anglais to make sense)
  • computer : ordinateur
  • fair sein : être juste (en allemand gerecht sein)

Anglicismes en chinois

L'expression « anglicisme en chinois » s'applique à l'incorporation de mots, d'expressions et de concepts anglais dans la langue chinoise et ne doit pas être confondue avec le terme de « Chinglish », qui désigne l'anglais approximatif ou hésitant employé par des locuteurs chinois.

On distingue :

  • l'emprunt phonétique : par exemple l'expression 巴士(bāshì)au lieu de 公共汽車 pour le mot « bus », en raison de la similitude de prononciation ;
  • l'anglicisme syntaxique : on donne à la phrase en chinois l'ordre des mots de la phrase anglaise ;
  • l'anglicisme sémantique : par exemple 網絡 ou 網路 (« network »), utilisé pour rendre le mot « net ».

Anglicismes en espagnol

En Espagne, l'adoption de termes anglais est répandue dans les domaines économique et informatique, phénomène que les puristes voient d'un très mauvais œil.

Certains de ces emprunts sont intégrés phonétiquement et ont même donné des dérivés :

  • boicot (de boycott), sur lequel on a formé le verbe boicotear
  • líder (de leader), sur lequel on a formé le substantif liderazgo
  • estándar (de standard), sur lequel on a formé le verbe estandarizar

Autres calques de l'anglais :

  • chequear, chequar (de to check) : examiner, explorer, réviser.

Un autre type d'anglicisme est le calque sémantique, en voie d'intégration, ainsi oportunidad qui, sous l'influence de l'anglais opportunity, tend à remplacer ocasión.

Egalement le dérivé d'un mot authentique (castizo), fabriqué à l'aide d'un suffixe en -ción ou en -miento et calquant l'anglais, comme posicionamiento, formé sur posición (calque de l'anglais positioning).

Enfin le calque morphologique (ou crypto-anglicisme), consistant à traduire la forme étrangère par son équivalent autochtone, ainsi articulo-lider pour leader product (produit-phare).

Anglicismes en finnois

Les anglicismes en finnois relèvent de quatre types :

  • l'imitation phonétique,
  • le calque lexical,
  • le calque grammatical,
  • la contamination orthographique.

La langue officielle rejette l'usage des anglicismes, partant du principe que la langue finnoise, écrite comme parlée, a suffisamment de ressources propres. Cela n'empêche pas les emprunts.

Le jargon informatique abonde en imitations phonétiques, ainsi svappi pour « swap ». Les autres domaines également touchés sont la musique pour ados, l'anticipation scientifique, les jeux sur écran, la mode, l'auto et, dans une certaine mesure, les spécialités scientifiques.

Le calque lexical consiste par exemple à prendre l'expression anglaise « killer application » (désignant une application supplantant toutes les autres du même genre) et à en faire tappajasovellus, c'est-à-dire littéralement une « application tueuse ».

Certains locuteurs, surtout ceux fréquentant assidûment la langue anglaise, ont créé un calque grammatical finnois du pronom personnel anglais « you » employé avec le sens d'un pronom indéfini comme dans la phrase « You can't live for ever » (Nul n'est éternel).

En finnois, les éléments d'un mot composé ne sont pas séparés sauf lorsqu'ils comportent un sigle ou un numéral, auquel cas le trait d'union s'impose. L'individualisation des éléments constitutifs par une espace ou un trait d'union est un exemple de contamination de l'orthographe anglaise.

Un autre exemple de contamination orthographique est l'adoption de l'orthographe anglaise même lorsque le mot anglais est prononcé à la finnoise. Ainsi « to chat » (bavarder par clavier interposé, tchatcher) sera noté chattailla au lieu de sättäillä, sa prononciation.

Anglicismes en italien

Si l'on s'efforça, sous le régime de Benito Mussolini, de « purifier » l'italien en écartant les anglicismes et autres « polluants » de la langue, aujourd'hui ce n'est plus le cas et des termes anglais sont adoptés sans adaptation, ainsi en informatique :

  • computer : ordinateur
  • hard disk : disque dur
  • mouse : souris (informatique)

Le terme de browser, issu de l'anglais, est parfois utilisé pour désigner le navigateur bien qu'il existe le mot navigatore.

Plusieurs termes issus de l'anglais sont progressivement entrés dans le langage courant aux côtés de leurs équivalents italiens ; ainsi, l'anglais single signifiant « célibataire » se traduit par celibe pour une homme et nubile pour une femme, mais peut être rendu aussi par l'anglicisme single21. De même, l'anglais privacy, la « vie privée » ou la « confidentialité », se traduit souvent par privacy alors qu'il existe le mot italien riservatezza22.

Anglicismes en polonais

Du fait de l'influence accrue de l'anglais au XXe siècle et en ce XXIe siècle, le polonais lui a emprunté nombre de mots.

  • Les premiers emprunts ont concerné principalement les termes de marine et les sports :
    • kil (keel) (français : quille)
    • maszt (mast) (français : mât)
    • krykiet (cricket) (français : cricket)
    • jogging (jogging) (français : course à petites foulées)
  • Les emprunts plus récents sont en concurrence avec des équivalents polonais déjà existants et de ce fait ne sont pas acceptés par tous les locuteurs :
    • menedżer (manager) (français : gestionnaire à l'américaine, directeur, gérant, imprésario) au lieu de kierownik
    • quad (quad bike) (français : moto à quatre roues) au lieu de czterokołowiec
    • monitoring (CCTV) (français : surveillance en continu, monitorage) au lieu de nadzór, dozór
    • W czym mogę pomóc (How can I help you) (français : comment puis-je vous aider ?) au lieu de W czym mogę służyć
  • Certains anglicismes sont liés à l'avènement de la société de consommation :
    • dyskont (discount store) (français : enseigne à prix cassé)
    • market (supermarket) (français : supermarché)
    • lajfstylowy (lifestyle) (français : style de vie)
    • marketing (marketing) (français : techniques marchandes, mercatique)

Dans les domaines de l'informatique et des réseaux, les termes anglais règnent, faute de créations néologiques :

  • login (français : identifiant de connexion, nom d’utilisateur)
  • komputer (computer) (français : ordinateur)
  • monitor (français : moniteur, écran)
  • czat (chat) (français : bavardage-clavier, clavardage, tchatche)
  • on-line (français : en ligne, sur Internet)


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le classicisme

Classicisme

Le classicisme est un mouvement littéraire qui se développe en France, et plus largement en Europe, à la frontière entre le XVIIe siècle et le XVIIIe siècle, de 1660 à 1715. Il se définit par un ensemble de valeurs et de critères qui dessinent un idéal s'incarnant dans l’« honnête homme » et qui développent une esthétique fondée sur une recherche de la perfection, son maitre mot est la raison.

La centralisation monarchique, qui s'affirme dès 1630 sous l'autorité de Richelieu d'abord, puis de Mazarin, dépasse le cadre politique pour toucher le domaine culturel. Doctes et littérateurs regroupés dans diverses académies inventent alors une esthétique fondée sur des principes assez contraignants qui amèneront la critique moderne à assimiler, de façon souvent réductrice, classicisme et respect des règles qui doivent permettre la production d'œuvres de goût inspirées des modèles de l'art antique marqués par l'équilibre, la mesure et la vraisemblance.

Le classicisme concerne la littérature du XVIIe siècle, en particulier le théâtre mais aussi d'autres arts comme la musique, la peinture ou l'architecture (voir l'architecture classique en France).

 

Origine et définition de la notion

La notion de « classicisme », dont le terme apparaît au XIXe siècle, pose quelques problèmes de définition. C'est pourquoi il peut être utile de revenir à l'origine sémantique du mot pour en comprendre le sens. Le terme classicus désigne en latin la classe la plus fortunée de la société. Par glissements successifs, le terme a désigné la dernière classe des auteurs, c'est-à-dire les écrivains de référence, ceux qu'on étudie dans les classes1. C'est à partir de ce sens que le mot a été utilisé pour désigner d'une part les auteurs de l'Antiquité dignes d'être imités et d'autre part les auteurs français du XVIIe siècle qui ont développé un art de mesure et de raison en défendant le respect et l'imitation des Anciens. Le terme de classicisme est utilisé pour la première fois par Stendhal en 1817 pour désigner les œuvres qui prennent pour modèle l'art antique par opposition aux œuvres romantiques.

Le classicisme renverrait à un moment de grâce de la littérature française où l'esprit français se serait le plus parfaitement illustré. Ce moment correspondrait à la seconde moitié du XVIIe siècle, voire plus précisément encore aux années 1660-1680. Cette vision est défendue par les historiens de la littérature du XIXe siècle2. De ce fait, le classicisme a servi de repoussoir à tous ceux qui défendaient une littérature moins réglée, à commencer par les romantiques. Le terme de classicisme appliqué à une période de la littérature nationale est propre à la littérature française. Les autres littératures européennes réservent ce terme aux premiers auteurs classiques, c'est-à-dire les auteurs de l'Antiquité grecque qui ont servi ensuite de modèle à toute l'Europe3.

Le classicisme à la française ne se définit cependant pas seulement par des critères historiques. Il répond également à des critères formels. Les œuvres classiques reposent sur une volonté d'imitation et de réinvention des œuvres antiques. Elles respectent la raison et sont en quête d'un équilibre reposant sur le naturel et l'harmonie. De ce fait, de nombreuses œuvres du XVIIe siècle ont été écartées par les partisans du classicisme car elles ne répondaient pas aux normes classiques. Le terme baroque a été plus tard emprunté aux arts plastiques pour désigner cette littérature qui ne rentrait pas dans les cadres théoriques de l'époque, en particulier la littérature de la première moitié du XVIIe siècle. Mais il va de soi que les auteurs du XVIIe siècle n'avaient pas conscience de ces catégories et que la littérature dite baroque a très largement nourri la littérature dite classique. Il en va de même pour le maniérisme qui précède le classicisme et le rococo qui le suit. Roger Zuber4 définit le classicisme à partir de la notion de goût qui désignerait une capacité à trouver un équilibre juste entre des tendances contraires. Ce goût serait né dans les salons mondains et aurait profondément influencé la littérature de la seconde moitié du siècle.

Molière, un des artistes favoris de Louis XIV. Le classicisme français atteindra son apogée sous le règne de ce dernier

Littérature

Contextes

La centralisation monarchique qui s'affirme dès 1630 dans le domaine politique sous l'autorité de Richelieu d'abord, puis de Mazarin et de Louis XIV a des conséquences dans le domaine culturel avec la création de l'Académie française en 1635, puis d'autres Académies qui ambitionnent de codifier la langue et de réglementer la composition des œuvres. Il ne faut cependant pas assimiler trop vite autorité politique et autorité culturelle.

D'un point de vue idéologique, la grande question du XVIIe siècle est la question religieuse. Les écrivains classiques sont donc nécessairement pétris de culture religieuse. Certaines œuvres, comme Les Provinciales de Pascal ou l'œuvre de Bossuet relèvent même entièrement de la religion. Beaucoup seront influencés par le jansénisme.

Ce sont les œuvres des doctes qui définissent les théories du goût classique, à travers des lettres, des traités, des arts poétiques. Vaugelas, Guez de Balzac ou Dominique Bouhours légifèrent ainsi sur la bonne utilisation de la langue. Jean Chapelain et l'abbé d'Aubignac définissent les règles du théâtre classique. Ils diffusent ce goût auprès du public mondain des salons qu'ils fréquentent. Les canons littéraires sont définis aussi dans des ouvrages non théoriques, œuvres littéraires, ou préfaces les justifiant. Il en va ainsi chez les plus grands dramaturges : Molière, Racine et surtout Corneille qui fut mêlé à de nombreuses querelles et fit la somme de ses opinions sur l'écriture théâtrale dans Les Trois discours sur l'art dramatique. Il faut cependant remarquer que les dramaturges plaident le plus souvent pour une adaptation des règles qu'ils n'appliquent que rarement à la lettre.

L'enseignement des doctes est en effet fondé sur des règles tirées des modèles grecs et latins. On lit et relit à cette époque La Poétique d'Aristote dont l'interprétation est à l'origine de la plupart des règles du théâtre classique. En poésie, c'est L'Art poétique d'Horace qui sert de référence. Enfin, les auteurs classiques puisent dans les modèles antiques pour créer leurs propres œuvres. Pour autant, elles ne relèvent pas de l'imitation pure. Les grands auteurs ne réutilisent ces modèles que pour en faire des œuvres modernes. Ainsi, si La Fontaine reprend les fables d'Esope et de Phèdre, c'est pour en donner une version moderne dont la morale sociale et politique ne peut être comprise que dans le contexte du XVIIe siècle.

Caractéristiques

Boileau par Hyacinthe Rigaud

Le classicisme du XVIIe siècle est loin de se limiter à une imitation des Anciens. Doctes et littéraires inventent en fait une esthétique fondée sur des principes d'ordre assez contraignants qui amèneront la critique moderne à assimiler classicisme et respect des règles.

L'écriture classique se veut fondée sur la raison. On y a parfois vu l'influence du rationalisme de Descartes mais il s'agit plutôt d'un intérêt pour la lucidité et l'analyse. Les héros et héroïnes classiques ne sont en général pas rationnels mais leurs passions, souvent violentes, sont analysées par l'écriture qui les rend intelligibles5. Le classicisme est donc davantage influencé par une volonté de soumettre le déraisonnable à l'ordre de la raison que par un véritable rationalisme qui inspirera plus tard les philosophes des Lumières.

En créant une forme d'ordre, les écrivains classiques recherchent au plus haut point le naturel. Donner l'impression d'une parfaite adéquation entre la forme et le fond et d'une écriture qui coule de source est en effet l'idéal du style classique. À cet égard, le classicisme entre effectivement en tension avec ce que fut le style baroque. Charles Sorel écrit ainsi : « Leur langage naturel qui paraît simple aux esprits vulgaires est plus difficile à observer que ces langages enflés dont la plupart du monde fait tant d'estime. »6 Cette recherche d'une forme de simplicité dans l'écriture fera l'admiration de nombreux auteurs du XXe siècle tels que Valéry, Gide, Camus, ou Ponge.

Or pour donner l'impression de naturel, il importe avant tout de ne pas choquer le lecteur. C'est pourquoi les règles de vraisemblance et de bienséance jouent un rôle majeur au XVIIe siècle.
La vraisemblance correspond à ce qui peut paraître vrai. L'objectif n'est pas de représenter la vérité mais de respecter les cadres de ce que le public de l'époque considère comme possible. Boileau a pu dire dans son Art poétique que « le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable ». Est vraisemblable ce qui correspond aux opinions du public en termes de morale, de rapports sociaux, de niveau de langue utilisé etc. Le plus grand reproche que l'on ait fait au Cid est de proposer une fin invraisemblable car la morale ne peut accepter qu'une fille épouse le meurtrier de son père même si le fait est historique.

L'importance de la vraisemblance est liée à l'importance de la morale dans la littérature classique. Les œuvres classiques se donnent en effet pour objectif de « réformer » le public en l'amenant à réfléchir sur ses propres passions. D'après Chapelain le public ne peut être touché que par ce qu'il peut croire et la littérature ne peut aider les hommes à s'améliorer que si elle les touche. Car l'idéal artistique du classicisme s'accompagne d'un idéal moral incarné dans la figure théorique de l'honnête homme. Cette expression résume toutes les qualités que l'on peut attendre d'un homme de Cour : politesse, culture, humilité, raison, tempérance, respect des règles, capacité à s'adapter à son entourage.

Théâtre

Durant la première moitié du XVIIe siècle, on apprécie les tragicomédies à l'intrigue romanesque et aux décors complexes7. Au fur et à mesure du siècle, notamment sous l'influence des théoriciens, les intrigues se simplifient et les décors se dépouillent pour aboutir à ce que l'on appelle aujourd'hui le théâtre classique. L'Abbé d'Aubignac joue un rôle important car dans La Pratique du théâtre8 en 1657 il analyse le théâtre antique et le théâtre contemporain et en tire des principes qui constituent les bases du théâtre classique. Cette réflexion sur le théâtre est alimentée tout au cours du siècle par doctes et dramaturges. Boileau dans son Art poétique en 1674 ne fera que reprendre et résumer en des vers efficaces des règles déjà appliquées.

Les règles du théâtre classique

C'est la règle de vraisemblance, expliquée plus haut, qui est à l'origine de toutes les règles du théâtre classique.

  • « Qu'en un jour, qu'en un lieu, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. »

Ces deux vers de Boileau résument la fameuse règle des trois unités : l'action doit se dérouler en vingt-quatre heures (unité de temps), en un seul lieu (unité de lieu) et ne doit être constituée que d'une seule intrigue (unité d'action). Ces règles poursuivent deux buts principaux. D'une part il s'agit de rendre l'action théâtrale vraisemblable car les décors n'ont pas besoin de changer et l'action se déroule en un temps qui pourrait être le temps de la représentation9. D'autre part l'action est plus facile à suivre car les intrigues compliquées mêlant de nombreux personnages sont proscrites au profit d'intrigues linéaires centrées sur peu de personnages. Ces règles ont mené à une forme d'intériorisation des actions. En effet la parole s'est développée au détriment du spectaculaire et les pièces classiques accordent beaucoup de place à l'expression des sentiments et à l'analyse psychologique.

  • La règle de bienséance oblige à ne représenter sur scène que ce qui ne choquera pas le public. On écarte la violence physique mais aussi l'intimité physique. Les scènes violentes doivent ainsi être racontées par un personnage. Quelques exceptions sont restées célèbres comme les morts de Phèdre et de Dom Juan dans les pièces éponymes de Racine et de Molière ainsi que la folie du personnage d'Oreste dans Andromaque.

Tragédie

Portrait de Racine.

La tragédie n'existe pas pendant le Moyen Âge français. Elle renaît au cours du XVIe siècle suite à la relecture des tragiques anciens. Elle se transforme tout au cours du XVIe et du XVIIe siècle. Elle évolue d'abord vers ce qu'on a appelé tragi-comédie en se nourrissant d'intrigues de plus en plus romanesques. Mais doctes et dramaturges défendent un retour vers un modèle plus conforme aux canons antiques et elle devient finalement le grand genre de l'époque classique. C'est pourquoi les règles énoncées ci-dessus s'appliquent prioritairement à la tragédie.

La tragédie se définit alors d'abord par son sujet et ses personnages. Une pièce tragique se doit d'avoir un sujet mythique ou historique. Ses personnages sont des héros, des rois ou du moins des personnages de la très haute noblesse. Le style adopté doit être en accord avec la hauteur de ceux qui profèrent le texte. La plupart des tragédies sont écrites en alexandrins et elles respectent toujours un style élevé. On a souvent assimilé tragédie et fin malheureuse. Même s'il est vrai que la majorité des tragédies finissent mal, ce n'est pas un critère de définition car certaines tragédies finissent bien, on les appelle tragi-comédie comme le Cid10.

Comme dans le théâtre antique, la tragédie a une fin morale. Elle doit permettre aux spectateurs de s'améliorer sur le plan moral en combattant certaines de leurs passions. À la suite d'Aristote, on considère que la tragédie doit inspirer « terreur et pitié » face au destin de héros broyés par les conséquences de leurs erreurs. Ces deux sentiments doivent permettre aux spectateurs de se désolidariser des passions qui ont poussé les héros à agir et donc de ne pas les reproduire eux-mêmes. Par ailleurs, les théoriciens classiques ont repris à Aristote la notion de catharsis qui signifie approximativement purgation des passions. L'idée est qu’en voyant des personnages animés de passions violentes, les spectateurs accompliront en quelque sorte leurs propres passions et s'en libéreront.

Le grand tragédien classique est Racine. Il écrit des tragédies où les héros sont condamnés par la fatalité, enfermés dans un destin qui révèle l'absurdité de leur existence et ne peut les mener qu'à la mort.
Corneille évolue au cours de sa carrière du baroque au classique. Ses tragédies valorisent beaucoup plus le héros qui, quoique souvent condamné à une issue fatale, se réalise effectivement comme héros dans ses pièces. Corneille a d'ailleurs pu proposer l'identification au héros comme mode d'édification possible du spectateur.
Par ailleurs, se développent à l'époque classique des tragédies lyriques. Ce genre est notamment représenté par Philippe Quinault qui travaille en collaboration avec Jean-Baptiste Lully. Il mènera à la création de l'opéra français.

Comédie

La comédie de l'époque classique est très fortement dominée par la figure de Molière même si les auteurs comiques étaient fort nombreux11. La comédie est beaucoup moins encadrée par des règles explicites que la tragédie car, considérée comme un genre mineur, les théoriciens ne s'y intéressent guère. On ne dispose d'ailleurs pas de la partie de la Poétique qu'Aristote aurait consacrée aux œuvres comiques12.

Pour autant, un auteur comme Molière essaie de redonner une forme de noblesse à la comédie et s'inspire pour cela des règles du théâtre classique. Si l'unité d'action est rarement respectée, l'unité de lieu et de temps l'est assez souvent. Surtout, à la suite de Corneille, il travaille la comédie d'intrigue inspirée des comédies latines de Térence et Plaute13. Il s'inspire donc des Anciens. Mais il s'éloigne également de la farce pour contribuer au développement de comédies nouvelles. Elles sont fondées sur des intrigues complexes et peuvent être jouées en trois ou cinq actes. Leurs personnages ne peuvent certes pas appartenir à la grande noblesse, mais ils relèvent souvent de la bourgeoisie ou de la petite noblesse. De ce fait, si le langage est de registre courant et parfois même familier, le style n'est pas nécessairement très bas. Certaines comédies sont même écrites en alexandrins. Molière se sert des effets comiques assez grossiers hérités de la farce et de la commedia dell'arte (bastonnades, quiproquos etc.), mais ses comédies sont à la recherche d'un équilibre qui n'est pas sans rapport avec le bon goût classique.

La dimension morale présente dans la tragédie se retrouve également dans la comédie. Les comédies se moquent en effet des défauts des hommes. Les spectateurs devraient ainsi pouvoir s'éloigner des défauts représentés en riant du ridicule des personnages. Quand Molière ridiculise l'hypocrisie des faux dévots dans Tartuffe, il espère lutter contre cette hypocrisie. La célèbre formule « castigat ridendo mores »14 est d'origine incertaine mais elle a été reprise par Molière. Elle exprime une idée développée par Horace dans son art poétique et résume cette volonté d'utiliser le rire comme vecteur d'instruction. Le théâtre de Molière est à la fois classique et baroque[réf. nécessaire].

Roman

Madame de La Fayette

Le roman est considéré comme un genre très mineur à cette époque. La plupart sont d'ailleurs publiés anonymement car une personnalité un peu considérée pouvait difficilement s'avouer auteur de romans. La première partie du siècle est caractérisée par des romans très longs et très complexes. À l'âge classique ces romans se transforment en nouvelles. Les intrigues se simplifient considérablement. Elles puisent dans un fond historique assez récent alors que les romans baroques préféraient l'Antiquité.

Saint-Réal écrit en 1672 Don Carlos première « nouvelle historique » qui raconte l'histoire de Don Carlos d'Espagne, fils de Philippe II d'Espagne. Madame de La Fayette situera l'action de La Princesse de Clèves, chef-d'œuvre du genre, à la Cour d'Henri II de France, soit approximativement à la même époque. Ce roman représente d'ailleurs bien les ambiguïtés du classicisme car il s'éloigne des romans sentimentaux par son volume modeste et la sobriété de son écriture mais il reprend certains traits de la préciosité dans la peinture des sentiments. Madame de La Fayette était en effet une grande précieuse et son souci n'était pas de s'opposer en tout à une période qui l'aurait précédée.

La poésie en général

Le XVIIe est un siècle de fermentation littéraire, et l'on y voit revivre tous les genres antiques. En effet, au XVIe (période dite baroque), un certain « chauvinisme culturel » avait conduit les poètes à se servir de formes moyenâgeuses (rondeaux, triolets, madrigaux, chansons, sonnets), en réaction contre le recours systématiques aux genres anciens… Le XVIIe siècle, lui, verra paraître des odes (genre déjà utilisé par Ronsard il est vrai), comme celle sur la prise de Namur de Boileau, ou celles, moins connues, sur Port Royal des Champs, par Racine. On voit renaitre les épigrammes, comme celles de Martial ou d'Ovide, les épîtres ou les satires du style d'Horace (cf notamment Boileau.). L'on assiste aussi à la renaissance de l'épopée de type Homérique ou Virgilienne. Mais ce genre ne connait aucun succès. Voire notamment la Pucelle de Chapelain, décriée par Racine et Boileau. Seul le Lutrin de Boileau, épopée satirique, nous reste familier. Jean Pierre Collinet lorsqu'il a établi des éditions des œuvres de Boileau et Perrault, a fait remarquer que le XVIIe siècle est, malgré les apparences, un siècle sans poésie et que seuls La Fontaine ou Racine échapperaient à cette règle.[citation nécessaire]

Autres genres


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résumé d'antigone d'anouilh

Antigone (Anouilh)

Antigone est une pièce en un acte de Jean Anouilh représentée pour la première fois au théâtre de l'Atelier à Paris le 4 février 1944, durant l'Occupation allemande, dans une mise en scène, des décors et des costumes d'André Barsacq. Elle fait partie des Nouvelles pièces noires avec Jézabel (1932), Roméo et Jeannette (1946) et Médée (1953).

L’Antigone d’Anouilh est inspirée du mythe antique, en rupture avec la tradition de la tragédie grecque. « L'Antigone de Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges1. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre »2.

Le personnage d’Antigone est l'allégorie de la Résistance s'opposant aux lois édictées par Créon / Pétain et qu'elle juge iniques. Elle refuse la facilité et préfère se rebeller, ne voulant pas céder à une prétendue fatalité... Créon pour sa part, revendique de faire un « sale boulot » parce que c'est son rôle et qu'il faut bien que quelqu'un le fasse. Anouilh s’inspire du geste de Paul Collette, un résistant français qui avait tiré sur Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy, le 27 août 1941. Jean Anouilh, en faisant cette pièce de théâtre, trouve ainsi un moyens de dénoncer la passivité de certains face aux lois dictés par les nazis et de faire passer des messages au public (Antigone symbolise la résistance qui s'obstine malgré les dangers encourus), qui est très nombreux pendant la seconde guerre mondiale car le théâtre est chauffé et permet de se distraire en oubliant pendant un temps les horreurs de la guerre, dehors.

Résumé

Antigone est la fille d'Œdipe et de Jocaste, souverains de Thèbes. Après le suicide de Jocaste et l'exil d'Œdipe, les deux frères d'Antigone, Étéocle et Polynice se sont entretués pour le trône de Thèbes. Créon, frère de Jocaste et – à ce titre – nouveau roi, a décidé de n'offrir de sépulture qu'à Étéocle et non à Polynice, qualifié de voyou et de traître. Il avertit par un édit que quiconque osera enterrer le corps du renégat sera puni de mort. Personne n'ose braver l'interdit et le cadavre de Polynice est abandonné à la chaleur et aux charognards.

Seule Antigone refuse cette situation. Malgré l'interdiction de son oncle, elle se rend plusieurs fois auprès du corps de son frère et tente de le recouvrir avec de la terre. Ismène, sa sœur, informée de sa décision, refuse de la suivre, craignant sa propre mort.

Très vite, Antigone est prise sur le fait par les gardes du roi. Créon est obligé d'appliquer la sentence de mort à Antigone. Après un long débat avec son oncle sur le but de l'existence, celle-ci est condamnée à être enterrée vivante. Mais au moment où le tombeau va être scellé, Créon apprend que son fils, Hémon, fiancé d'Antigone, s'est laissé enfermer auprès de celle qu'il aime. Lorsque l'on rouvre le tombeau, Antigone s'est pendue à sa ceinture et Hémon, crachant au visage de son père, s'ouvre le ventre avec son épée. Désespérée par la disparition du fils qu'elle adorait, Eurydice, la femme de Créon, se tranche la gorge.

Personnages

Personnages principaux

  • Antigone : fille d'Œdipe, sœur d'Étéocle, Polynice et Ismène, cette jeune fille est l'héroïne de l'histoire qui porte d'ailleurs son nom. Elle est décrite comme « pas assez coquine » par son entourage. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir une volonté de fer (ce qui la poussera à affronter son oncle Créon en enterrant son frère).
  • Créon : frère de Jocaste (la femme d'Œdipe), légitime roi de Thèbes après la mort des deux princes ennemis, Créon est un souverain âgé, réfléchi et courageux. Il nous est décrit comme étant seul : « Créon est seul » se consacrant ainsi entièrement à son règne. Dont il assume les sacrifices nécessaires comme la punition de Polynice ou l'exécution d'Antigone.
  • Ismène : sœur d'Antigone qu'elle aime beaucoup « Si vous la faites mourir, il faudra me faire mourir avec elle ! », mais qui n'est pas très courageuse jusque vers la fin de l'histoire. Néanmoins, elle reste une belle jeune fille « coquette » et raisonnable « J'ai raison plus souvent que toi ! ».
  • Hémon : fils de Créon et d'Eurydice, fiancé d'Antigone à laquelle il est très fidèle « Oui Antigone, je t'aime comme une femme », fidélité qui le conduira au suicide lorsque cette dernière meurt sous ordre de Créon. Ce fait le poussera également à mépriser son père, qu'il admirait beaucoup auparavant.

Personnages secondaires

  • La Nourrice : vieille dame également appelée « Nounou » par les filles dont elle s'occupe.
  • Le Prologue/Chœur : issue des pièces de théâtre de la Grèce antique, cette « entité » intervient au début du texte pour nous narrer le contexte de la pièce et nous présenter les personnages qui y évoluent. Il réapparait par la suite tout au long de la pièce pour faire avancer le récit ou amener un personnage à la réflexion.
  • Eurydice : femme de Créon qui passe ses journées à tricoter des habits pour les pauvres de Thèbes. Ces derniers « auront froid » à la fin de la pièce car elle se tranche la gorge en apprenant la mort de son fils.
  • Les trois gardes : chargés de surveiller le cadavre de Polynice.
  • Le page du roi
  • Le messager


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